Au bout du suspense !

Compliquée mais aussi et surtout complètement folle avec des options radicalement différentes et, pour finir, des écarts relativement faibles : la deuxième étape de la 9e édition de la Les Sables – Les Açores – Les Sables restera assurément dans les annales de la course au large. Dans chacune des deux catégories en lice, le suspense aura duré jusque dans les dernières longueurs, rebattant au passage largement les cartes au classement général de l’épreuve. Pour finir, chez les Proto, Pierre Le Roy (1019 – TeamWork) s’est imposé avec panache devant Jacques Delcroix (753 – Actual) et Uros Krasevac (759 – Ashika II) tandis que chez les Série Léo Bothorel (987 – Les Optiministes – Secours Populaire 17) a remporté la mise d’un cheveu devant Jean Marre (991 – Sport dans la Ville – Time for the Planet) et Luca Rosetti (998 – Race = Care).

Le deuxième acte de cette Les Sables – Les Açores – Les Sables s’annonçait très ouvert, avec des options tranchées, la faute à une dorsale plantée au beau milieu du parcours. Une crête barométrique que les solitaires avaient le choix de contourner soit par le sud en acceptant de se retrouver au près pour plusieurs jours et de mettre ainsi à rude épreuve à la fois leurs bateaux et leurs organismes, soit par le nord en assumant de rallonger considérablement la route – pour certains de plus de 400 milles avec une remontée au-delà de la latitude du Fastnet, en mer d’Irlande ! « Très vite, la flotte s’est éparpillée et on ne s’est plus vus les uns et les autres. Pour ma part, j’ai pris l’option nord et une fois que c’était fait, je savais qu’il n’y avait, de toutes les façons, plus vraiment de retour en arrière possible, qu’il fallait aller au bout en espérant que ça finisse par payer », a relaté Uros Krasevac. Comme l’ensemble de ses concurrents, le Slovène a, malgré tout, souvent douté au gré de l’évolution de la situation météo qui donnait tantôt l’avantage aux uns, tantôt aux autres. « Ça a énormément bougé. On a tous eu l’impression à un moment ou à un autre d’être sur une trajectoire pourrie ou, à l’inverse, sur une route gagnante. Pour chacun d’entre nous, cette étape a été un véritable ascenseur émotionnel, tout ça pour que finalement on arrive quasiment tous en même temps ! », a commenté Luca Rosetti de son côté.

Du match jusqu’à la fin
C’est un fait, aussi improbable que cela puisse paraitre après neuf jours de course et un écart ayant dépassé les 450 milles en latéral entre les bateaux les plus extrêmes, les partisans du nord et ceux du sud sont arrivés aux Sables d’Olonne pratiquement dans le même temps. Pour preuve, à peine plus de trois heures ont finalement séparé Pierre Le Roy et Jacques Delcroix sur la ligne malgré des choix de routes complètement opposés. « Pour ma part, j’ai choisi la route nord sans vraiment hésiter. Je ne voulais vraiment pas faire de près. Il y avait toutefois l’incertitude de comment est-ce qu’on allait réussir à passer la dorsale. Je savais que Pierre (Le Roy) était plus au sud mais je ne savais pas de combien. Je pensais qu’il avait pris une route intermédiaire mais je ne pensais pas qu’il était si bas par rapport à moi. Pour finir, je suis très frustré de finir si peu de temps derrière lui mais je suis trop content de ma place et de ma course », a déclaré Jacques Delcroix qui espérait priver le Lillois du sans-faute sur l’épreuve. « Je suis trop content de l’avoir claquée, celle-là ! D’une part, parce qu’elle était dure et, d’autre part, parce que pense que je n’ai pas fait une trajectoire géniale lors des trois premiers jours. Il y a eu du match constamment et le fait de voir la situation s’inverser comme ça à la fin, ça a rendu la course vraiment géniale ! », a souligné Pierre qui, en plus d’avoir réalisé le doublé sur l’épreuve, a établi un nouveau record de la distance parcourue en 24 heures en Mini 6.50 avec un total de 308 milles, mettant ainsi un terme de la plus belle des manières à ses quatre années passées sur le circuit des Mini 6.50.

Pas simple, la position de « chassé »
Si le podium s’est relativement vite dessiné chez les Proto, il a fallu en revanche être nettement plus patient du côté des bateaux de série et attendre notamment l’arrivée de Jean Marre, le vainqueur de la première étape, pour connaître le verdict. Crédité d’une avance de plus de 7 heures sur l’ensemble de ses rivaux à l’issue du premier round, exception faite de Julie Simon (963 – Dynamips), l’ancien rugbyman le savait : ce match retour s’annonçait être pour lui celui de tous les dangers compte-tenu du scénario météo, très ouvert et très incertain. « C’était la première fois que j’étais chassé et pas chasseur. Mentalement, c’était dur d’autant que pour une raison que j’ignore, j’avais zéro sensation sur cette étape. Dans mon groupe, j’étais tout le temps à la rue. Du coup, ça a été un peu compliqué pour moi », a avoué le skipper de Sport dans la Ville – Time for the Planet qui a finalement laissé échapper la victoire pour huit minutes et 05 secondes. Une goutte d’eau à l’échelle de vingt jours de course en cumulé. « Ça reste une deuxième place au classement général et je n’étais pas venu avec des prétentions de résultats particulières mais c’est clair qu’un écart aussi mince, ça fait mal. Je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de fois où je me suis dit « arrête de faire n’imp’ et retrouve des sensations au plus vite sinon tu vas le regretter ! ». Je suis un peu passé par tous les états. J’ai fait et refait des calculs dans ma tête pour savoir si je pouvais encore l’emporter jusque dans les deniers milles. C’est un peu dur mais c’est le jeu », a commenté Jean qui remporte malgré tout, et avec panache, le titre de championnat de France de course au large en solitaire 2022.

Pour huit petites minutes…
Léo Bothorel a, lui aussi, fait des calculs d’apothicaire toute la journée d’hier, suspendu au timing d’arrivée de son adversaire. « Mes potes sont restés les yeux rivés sur les AIS puis accrochés à la cartographie qu’ils ont passé leur temps à réactualiser. Jusqu’au bout on ne savait pas si ça allait le faire ou non. A l’arrivée de Jean dans la baie des Sables, on est allé dans mon bateau et on a allumé la VHF puis on a attendu qu’il s’annonce sur la ligne et que le comité dise « top ». Quand j’ai réalisé que la victoire était pour moi, j’ai à peine réussi à y croire », a expliqué le skipper des Optiministes – Secours Populaire 17 dont le soulagement a eu lieu peu après 23 heures, la nuit dernière. « C’était ma première grande course au large et je ne pouvais pas rêver mieux. C’est vraiment incroyable ! », a souligné le Rochelais. 7h38 : tel était le temps qu’il lui fallait combler pour décrocher la première place. Peu et beaucoup à fois avec un total de 2 540 milles à parcourir. « En arrivant aux Açores, c’est un écart qui me paraissait énorme et irrattrapable. Mon coach m’avait dit qu’il fallait vraiment partir sur la deuxième manche dans l’optique de faire une nouvelle course, sans trop me poser de questions et en occultant la première étape », a noté le marin. « Au final, ça ne se joue à rien et c’est la preuve que rien n’est impossible en course au large. Qu’il peut y avoir des retournements de situations incroyables et qu’il ne faut jamais rien lâcher ». Telle est, en effet, la morale de cette 9e édition de la Les Sables – Les Açores – Les Sables qui a tenu tout le monde en haleine du début à la fin et qui restera définitivement un grand cru !

Frédéric Bach (Team Pokou), 6ème Série aux Sables d’Olonne

Frédéric Bach (895 – Team Pokou), 6ème Série aux Sables d’Olonne a franchi la ligne d’arrivée de la 2ème étape ce dimanche à 20h49’10 ».

Sa réaction à l’arrivée : « J’ai hâte de voir la cartographie ! On a bien réfléchi avec Alessandro (Torresani) et Mickaël (Gendebien) sur le choix du passage de la dorsale et on est allés assez nord. Après, on a fait des suppositions avec les classements et malheureusement sur la descente, avec le talweg, on n’a pas eu de chance par rapport à l’angle du vent. On s’est fait dépasser mais on savait qu’en descendant on allait faire des empannages et qu’on perdrait un peu de terrain. Il y a eu des choix assez tranchés. Moi, je n’avais pas un scénario précis en tête au moment du départ. J’ai vraiment fait ma route en fonction de ce que j’avais et de la météo. Sur cette étape, ma BLU marchait, ce qui n’était pas le cas sur la première. On attendait, on attendait, on attendait pour passer la dorsale et au final, on l’a passée par 51°N et 15°O, un truc comme ça. A un moment donné, on était très près du Fastnet et on s’est dit que ça aurait de la gueule quand même, une SAS avec un point de passage au phare (Rires) ! La dorsale n’a finalement pas été trop compliquée à passer. Ensuite, c’est devenu une course de vitesse. J’arrive bien cramé mais je suis super content car je ne devais pas être là la base. Après avoir longtemps été sur liste d’attente, je suis arrivé le dimanche matin pour un départ le mardi. Donc il y avait plein de choses que je n’avais pas préparées. Je suis très content d’avoir pu faire la course et d’avoir pu me comparer avec des copains avec le même bateau sur du long court. D’avoir pu faire des speed-tests à grande échelle. Il y a encore des choses à travailler bien sûr, mais il y des trucs que je maitrise et qui marchent bien donc c’est positif pour la suite. »