Vers une deuxième étape très ouverte !

Si la première étape de la 9e édition des Sables – Les Açores – Les Sables n’a pas franchement été très rapide, la faute notamment à une fin de course épique dans la pétole, la deuxième, dont le départ sera lancé ce jeudi 4 août à 18 heures (heure de Paris), ne s’annonce pas beaucoup moins longue, bien que très différente. C’est, en effet, majoritairement au près que les 70 Ministes toujours en course dans l’épreuve se préparent à effectuer les 1 270 milles entre Horta et Port-Olona. Les uns et les autres vont donc vivre penchés quelques jours, mettant ainsi leurs montures et leurs organismes à rude épreuve. Point positif : le match promet d’être particulièrement ouvert sur le plan stratégique, avec notamment des choix de routes extrêmes qui risquent d’éclater la flotte et, par ricochet, de générer d’importants écarts à l’arrivée. De quoi chambouler en grand la hiérarchie actuelle !

Après quelques jours de halte à Horta, les 70 Ministes toujours en lice dans la 9e Les Sables – Les Açores – Les Sables ont désormais rechargé correctement les batteries et réparé au mieux les petits bobos du bord. « Vu que la première étape a duré entre onze et treize jours pour la majorité d’entre nous, l’escale a forcément semblé un peu courte. Ça a été une espèce de tiraillement entre profiter de l’endroit et des arrivées des copains, puis se reposer et se préparer pour la deuxième manche. Il a fallu essayer de trouver le bon équilibre. Heureusement, comme les conditions n’ont pas été extrêmes sur le premier acte, la plupart des bateaux sont arrivés en bon état et lorsque ce n’était pas le cas, on s’est tous bien entraidés », commente Gaëtan Falc’hun (868 – Philou Cherche Partenaires). De fait, tous les coureurs ont joué la carte de la solidarité et si certains ont encore les mains dans la résine ou la tête dans la boîte à outils aujourd’hui, tout le monde repartira demain sur des bateaux prêts ou, à tout le moins pansés. Certains parfois au prix de quelques pirouettes compliquées, à l’image de Bruno Lemunier (893 – Kalisto) ou Thomas André (929 – Frankiz) qui ont, malgré les obstacles, réussi à faire venir de France un peu in-extremis, un safran et une pile à combustible. « Ça n’a pas été simple. On a essayé de trouver les solutions les plus efficaces en termes de logistique et de coût », relate Thomas, maintenant fin prêt à prendre part au match retour.  « On s’attend tous à une étape un peu musclée, avec de la mer, du vent et deux options assez marquées : soit faire du près dans 20 nœuds pendant longtemps dans trois mètres de vagues avec peu de période, soit partir complètement au nord pour aller chercher un front assez costaud et finir au portant. Dans les deux cas, ça devrait être copieux ! », prévient le navigateur, 36e au classement général provisoire chez les bateaux de Série, bien décidé à grappiller des places après une première étape tronquée par ses soucis techniques. « Ce qui est chouette, c’est que le jeu promet d’être très ouvert. On peut s’attendre à d’importants écarts à l’arrivée surtout que les premiers milles de la course vont se jouer dans la pétole. Je me suis même dit en regardant la météo ce matin que ça pouvait être une possibilité de faire demi-tour juste après le départ pour passer par le sud de l’archipel tellement ça risque d’être la foire. Peut-être que la course va gagner là ! », note le skipper de Frankiz.

Des premiers milles potentiellement très délicats

De fait, l’entame de cette deuxième manche s’annonce délicate, pour ne pas dire complément tordue. « Il va effectivement y avoir très peu de vent au moment du départ car une petite dépression sans vent est plantée sur les Açores. A la clé, un peu de pluie et peu de gradients. On peut s’attendre à ce que ce soit laborieux et complexe, avec entre 1 et 5 nœuds de nord-est », détaille Christian Dumard, le consultant météo de l’épreuve. Pas facile, en l’état, de savoir réellement à quelle sauce les solitaires vont être mangés dans les jours à venir tant les modèles météo pataugent dans la semoule. « Il y a beaucoup d’incertitudes mais pour l’instant, il est à peu près certain qu’il va y avoir beaucoup de près et/ou de bon plein sur la remontée jusqu’aux Sables. Des options très extrêmes vont manifestement s’ouvrir avec, en particulier, une route très nord qui pourrait tenter certains pour aller chercher du portant », ajoute le spécialiste. En clair, si ce scénario se confirme, il est plus que probable que la flotte s’éclate littéralement, avec d’un côté ceux qui choisiront de rester au plus près de la route directe et de l’autre ceux qui décideront de monter très nord en assumant (ou pas) de rallonger considérablement leur chemin. « Pour l’heure, les routages font monter jusqu’à 50° Nord, soit la latitude du Fastnet, en mer d’Irlande », commente Denis Hugues, le Directeur de course. Si le schéma est rare, il n’a toutefois rien d’inédit sur cette Les Sables – Les Açores – Les Sables. En 2014, Nicolas Boidevezi avait en effet fait le grand tour avant de finalement s’imposer sur l’étape devant Giancarlo Pedote, le grand vainqueur de l’épreuve. Alors droite ou gauche ? A priori, il faudra trancher dans les 48 ou 72 premières heures, tout en gardant en tête que la situation a encore largement le temps d’évoluer. A date, en tous les cas, les premiers Proto pourraient ainsi boucler la distance en huit ou neuf jours, tandis que les premiers Série devraient faire de même en dix ou onze jours. Quand on sait que lors de certaines éditions, le retour s’est fait en à peine plus de cinq jours, le décor est ainsi planté.

Ils ont dit :

Bruno Lemunier (893 – Kalisto) : « J’ai eu un problème de pile à combustible à l’aller et mon escale a été beaucoup rythmée par ça. J’ai essayé de la réparer mais je n’ai pas réussi. J’ai dû en trouver une de prêt en France et la faire venir avec quelqu’un par avion. Ça m’a donc bien occupé l’esprit mais au final, c’est quand même trop cool d’avoir solutionné le problème. L’escale m’a, de ce fait, parue un peu courte. J’espérais avoir un peu plus de temps ici pour profiter des gens. J’ai vraiment apprécié que la communauté se resserre. On commence à bien se connaître et il y a une belle solidarité entre nous tous. Pour la deuxième étape, j’avoue que je ne me suis pas encore trop projeté. Je ne voulais pas trop me stresser avec les routages anticipés. Je n’avais pas envie de me faire plein de plans et de me rajouter de la charge mentale avec des informations incertaines. Cela étant, je suis assez content de rentrer quand même. Je suis content aussi d’être en P3 (Pogo 3, ndlr) pour le retour. Ce qui est chouette, c’est que j’ai beaucoup navigué avec le bateau, et dans des conditions assez dures, même si je ne l’ai que depuis janvier. J’ai donc hyper confiance en lui. A cause de mes soucis d’énergie sur la première étape, j’avais mis un peu la performance entre parenthèses même si j’ai quand même globalement fait une super course. Là, j’ai le bateau à 100% et je vais essayer d’être un peu plus dans la perf que ce que j’ai fait jusqu’à maintenant, mais sans me mettre la pression pour autant. »

Hubert Maréchal (787 – Osons ici et maintenant) : « J’étais très content d’arriver, surtout après la pétole, mais à présent j’ai hâte de repartir, même si l’escale était géniale. On a été accueillis comme des rois, on a fait la fête, on a profité et c’était top, avec une super ambiance et un vrai esprit de camaraderie. Pour le reste, je suis un peu frustré de la première étape. J’ai craqué à la fin mentalement dans la pétole. J’ai laissé passer des trains et là je suis un peu revanchard. J’ai réparé ce qu’il fallait réparer. Ce qui nous attend s’annonce intéressant. Ça bouge tout le temps. L’important sera de bien faire marcher le bateau, surtout au début. Je pense qu’au-delà des options qu’il faudra prendre à un moment, il sera essentiel de réussir à sortir dans les premiers des îles. Moi, je mise vraiment là-dessus. Je commence à regarder les courants, les dévents, les orages éventuels…  Pour la suite, de toutes façons, dans cinq jours la météo aura évolué. On sait qu’on va faire du près et qu’il faudra d’adapter. Je ne me prends pas trop la tête maintenant. Je vise un Top 5 à l’arrivée aux Sables d’Olonne. C’était mon objectif toute la saison. Je l’ai tout le temps respecté sauf lors de cette première étape. »

Willy Muller (1029 – Tars) : « J’ai énormément de chance parce que mes parents sont venus à l’escale et ça m’a mis un gros coup de fouet pour finir le plus vite possible la première manche. J’ai super profité de Faial. J’ai visité l’île à fond et c’était vraiment trop bien ! C’étaient mes premières vacances depuis quasiment deux ans, donc ça a vraiment été top ! La prochaine étape s’annonce compliquée, avec beaucoup de près ou alors une option très extrême au nord avec du portant mais des distances assez folles. On parle de quasiment 2000 milles au lieu des 1 270 en route directe. Il va y avoir un choix très compliqué à faire dès le début. On va voir mais l’option raisonnable serait plutôt d’aller au près pendant dix jours et ce n’est pas l’option fun. Mon bateau n’est pas très bien aménagé pour cette allure. Il n’est pas très confortable, mais je sais que ce ne sera plaisant pour personne. Cela étant, avec un bout pointu, je peux avoir une chance de sortir des îles un peu plus vite que les autres. Peut-être que les vieux bateaux vont bien marcher cette fois-ci ! En tous les cas, on espérer. Sur la première étape, Aglaé (Ribon) et Brieuc (Le Mouillour) ont fait une super régate et si j’arrive à finir devant cette fois, je serais super content. Dans tous les cas, on va bien se tirer la bourre ! »

Gaëtan Falc’hun (868 – Philou Cherche Partenaires) : « Ce qui nous attend est assez compliqué. On va faire beaucoup de près, ça c’est sûr. On va avoir des choix de routes assez extrêmes à faire. Il y a une option nord qui parait assez cool mais qui reste hyper incertaine. En tous les cas, je suis assez confiant dans mon bateau et dans ma capacité à être rapide au près. Le départ va avoir lieu dans la pétole et je pense qu’il va falloir bien se donner au début pour essayer d’être parmi les premiers à retoucher la pression au nord de l’archipel. Ensuite, au près, je pense que les écarts de vitesse ne seront pas si importants que ça, même si, pour les Maxi 6.50, si ça tape, ça va être horrible. Pour les pointus, ça va être mieux et moi, en Pogo 3, je vais être entre les deux. Au classement, les écarts de temps sont relativement serrés donc ça va être intéressant. »

Markus Burkhardt (833 – Zoe4Life) : « A l’issue de la première étape, je suis arrivé avec un bateau en bon état et pas trop fatigué car j’ai quand même réussi à dormir. Du coup, tout va bien. Je suis prêt depuis deux jours, même si je serais bien resté un peu plus longtemps ici, aux Açores, parce que c’est magnifique. Je n’ai pas encore trop regardé la météo mais je sais que l’anticyclone est un peu trop au nord. Dans ce contexte, pour moi ce sera certainement l’option de rester au sud de l’anticyclone et au sud de la dorsale pour être sûr de garder du vent. Ce ne sera pas très agréable car ce sera beaucoup de près, mais je pense qu’il n’y a pas d’autres options pour moi. Ce sera plus dur qu’au portant mais ça va avancer quand même. Ça ne va pas être très confortable mais je ne m’inquiète pas trop. »

Christophe Noguet (1057 – Vignoble Marchais) : « J’ai été assez sage sur la première étape. Je suis donc arrivé à Horta avec un bateau plutôt en bon état et avec assez peu de bricoles à faire. Je ne connaissais pas les Açores. Tout le monde m’avait dit qu’il fallait absolument faire cette course parce qu’elle est très belle et je ne regrette pas ! L’île est magnifique et les gens très accueillants. Ça a aussi fait bien plaisir de retrouver tous les copains et de partager des moments festifs avec eux durant ces derniers jours. Concernant la suite, on est toujours un peu dans l’attente de routages plus précis. Deux options se dessinent. Les deux ont l’air compliquées. On va voir. Il va falloir trancher à un moment donné et assez vite en plus. Si on choisit celle au nord, il va falloir être fort dans sa tête car on va s’éloigner considérablement de la route. Si on choisit l’autre, il va falloir faire beaucoup de près et en Mini, spécialement avec un bateau à nez rond, ce n’est pas ce qu’il y a de plus rigolo ! L’amour n’est pas dans le près ! (Rires) Je vais essayer de gratter quelques places. Ça va se jouer à pas grand-chose car les écarts sont assez faibles au classement après la première manche. »

Edouard Blanchier (423 – La Maison des Plus Petits) : « Je suis prêt à repartir. Je n’ai plus que de petites courses à faire de fruits et de légumes et aller plonger pour nettoyer un peu le bateau mais sinon, tout est ok. On va visiblement faire pas mal de près. Moi, j’ai un bateau à bout pointu. Les conditions annoncées me vont donc plutôt bien car je vais être moins « perdant » par rapport aux bateaux à nez ronds sur cette allure qu’à certaines autres. Ça m’arrange un peu même si ça risque de ne pas être très agréable, ni très confortable. J’ai hâte d’y être, vraiment hâte ! J’ai vu que je n’avais pas trop mal marché par rapport aux autres bateaux de la même génération que le mien lors de la première étape. Je vais dont essayer d’y aller à fond. C’est une régate donc il faut essayer de faire au mieux et je vais tout donner. J’espère arriver au bout et prendre un maximum de plaisir aussi, car on est quand même là pour ça ! »

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