Anne Baugé (890 – ellesaimentlamer), 30e Série à Horta

« Très vite j’ai eu des problèmes d’énergie. En longeant l’Espagne, je me suis dit « je m’arrête, ce n’est pas sérieux de faire 800 milles dans ces conditions ». Ne pas dormir est quelque chose qui me fait trop peur. Du coup, j’ai utilisé mon vérin de spare qui, au près, ne marche assez bien, mais qui, au portant, n’a tenu que deux heures. J’ai dormi 5 minutes et mon grand spi a fait un vrac monumental dans l’étai. L’un des trucs que je ne voulais pas avoir à faire sur cette course, c’est précisément monter au mât mais j’y suis allée. Ça a été assez intéressant en fait, surtout que le bateau a empanné quand j’étais en haut (rires) ! Je voulais abandonner mais j’avais aussi peur d’aller toute seule en Espagne que de traverser avec la flotte (rires) ! Et puis j’ai réfléchi et je me suis dit qu’après être montée au mât, il ne pouvait plus m’arriver grand-chose de pire. Du coup, j’ai continué mais je n’ai réussi à choper une seule fois la BLU et le BMS. Le reste est identique à ce que tout le monde a connu : des conditions variées mais surtout une mer casse-bateaux. Ça a été très dur pour le moral de faire 800 milles en tirant des bords. Je n’ai pas pris énormément de plaisir en fait. Une seule fois j’ai reconnu la couleur bleue du ciel et de la mer que j’avais connue cet hiver dans les alizés et ça m’a donné un peu de courage. Sinon, j’avoue qu’il y a quelques fois où j’ai baissé les bras. Je pense que c’est pour ça que j’arrive aussi tard. A certains moments, j’ai mis les voiles en ciseaux pour économiser mon énergie, dormir le plus possible et arriver. »

Albert Lagneaux (882 – Plumeke), 29e Série à Horta

« Cette étape a été dure, très dure. J’ai eu plein de problèmes. Je suis passé par plein de phases différentes. J’ai vraiment fait le yo-yo sur le plan émotionnel mais j’avoue que je suis surtout passé par plus de bas que de hauts. Je me suis souvent demandé ce que je foutais là mais aussi ce qui pouvait encore m’arriver. J’ai fait des figures de style, j’ai dû monter à la barre de flèche dans 24 nœuds de vent, j’ai perdu mon GPS, j’ai eu plein de choses qui sont tombées en panne les unes après les autres ou encore un souci de chariot de GV… tout s’est cumulé. Au près, la mer était vraiment cassante et à chaque bruit, je faisais des angoisses. J’entendais des craquements au mât. J’en faisais des cauchemars et j’ai poussé un Eureka quand j’ai découvert que c’était en fait mon vis-de-mulet. Vraiment, en mer, on se fait des histoires incroyables ! Moi, j’anticipe toujours le pire, alors évidemment (rires) ! C’était vraiment dur surtout qu’après on s’est retrouvé dans la pétole pendant trois jours. J’ai commencé à compter la nourriture, le méthanol… Bref, je suis content d’être arrivé. Je n’ai pas beaucoup de temps pour tout repréparer avant le départ de la deuxième étape mais ça va le faire. »