Prêts à prendre le large !

Après plusieurs jours consacrés aux divers contrôles de sécurité et de jauge, puis aux ultimes détails de leur préparation, les 72 Ministes en lice dans la 9e édition de la Les Sables – Les Açores – Les Sables sont désormais dans les starting-blocks. C’est, en effet, demain à 13 heures qu’ils s’élanceront pour la première étape de l’épreuve, avec un total de 1 240 milles pour rallier Horta. Sur le papier, ce premier acte s’annonce rapide, en tous les cas lors des quatre premiers jours. La suite, et en particulier l’atterrissage sur l’archipel portugais, s’annonce bien plus incertaine. Aussi, les routages qui faisaient arriver les premiers en moins de six jours hier encore, les voient désormais boucler la distance en sept ou huit jours.

« On ne se rend pas encore trop compte qu’on va aux Açores, que c’est loin, qu’on ne va pas simplement naviguer entre Belle-Ile et Groix. Pour ma part, je ne sais pas trop à quel moment je vais réaliser cette dimension-là, mais en tous les cas, c’est super excitant d’aller à Horta. Il y a de la belle concurrence et une belle météo annoncée, même si ça ne va pas forcément être simple à l’arrivée », relate Jacques Delcroix (753 – Actual) qui, comme l’ensemble de ses concurrents, est impatient de rentrer dans le vif du sujet, avec toutefois une pointe d’appréhension. « Pour moi, comme pour la majorité des autres Ministes au départ, c’est une première expérience du vrai large car jusqu’ici on a essentiellement fait des régates côtières. Pour ma part, ce que je vais aller chercher sur cette course, c’est de comprendre un peu comment je fonctionne, de voir si je tiens le choc dans la durée, de découvrir le large et sans doute des phénomènes météo qu’on n’a pas du tout proche des côtes. Ça, c’est un peu le truc qui me stresse. J’espère avant tout terminer la course. Je suis à un moment dans mon projet et à un niveau qui font que si je finis et que je termine avec un bateau en entier, ce sera déjà très bien », commente de son côtéHermine Le Mintier (1022 – Vitamine), qui se réjouit à la fois de l’exercice et du voyage à venir. « J’ai le sentiment d’être très chanceuse d’être au départ parce que je suis restée assez longtemps dans la liste d’attente et j’ai même eu le temps de bien désespérer de prendre part à la course », précise la navigatrice.

Une entame rapide, des derniers milles incertains

Quid du menu pour ce premier volet de la compétition ? « Les Ministes vont partir au près dans un flux de secteur ouest soufflant entre 12 et 17 nœuds », assure Christian Dumard, le consultant météo de l’épreuve. Les premiers milles vont donc se jouer dans des conditions idéales mais la vraie bonne nouvelle, surtout pour les skippers les moins aguerris, c’est que le front qui va passer sur la flotte dans la nuit de mardi à mercredi est en train de se désagréger et qu’il ne sera donc vraiment pas très violent. « A l’arrière, le vent va tourner à l’ouest puis au nord-ouest. Après un début au près, les concurrents vont donc poursuivre leur route au portant jusqu’au 22 au soir. La situation, ensuite, est nettement plus incertaine. A date, plusieurs scénarii sont possibles », note Christian Dumard. En clair, si les quatre premiers jours promettent d’être relativement rapides, la suite risque de donner un peu de fil à retordre aux marins, notamment aux abords des Açores, à 100-150 milles des premières îles. « Une dépression pourrait bien semer la pagaille mais tous les fichiers ne la voient pas. On en saura plus d’ici quelques jours », termine le consultant. Si des questions restent en suspens, la certitude, dans ce contexte, c’est que les premiers ne boucleront pas ce premier round aussi vite qu’annoncé encore hier mais que le jeu va à la fois faire la part belle à la vitesse et à la stratégie, pour le plus grand bonheur des marins et des observateurs !

Ils ont dit :

Olivier Le Goff (599 – Valérie – Oliv’au Large) : « Réussir à me qualifier pour cette SAS, c’était vraiment le gros objectif de la saison. Aujourd’hui, la pression a rebaissé un peu parce que ça y est, je suis au départ mais c’est quand même un gros parcours qui nous attend. Pour ma part, je n’ai jamais passé autant de temps en mer. Ça fait rêver d’aller aux Açores et d’aller dans un autre pays en bateau. C’est vraiment une superbe aventure. J’espère qu’on ne va pas avoir un gros front au cap Finisterre. Si c’est le cas, j’essayerai de passer où c’est un peu plus calme. La crainte que j’ai, c’est d’être confronté à une avarie technique. C’est pour ça que je passe pas mal de temps, cette semaine, à préparer le bateau et à étudier des plans B en cas de problème. J’ai du matériel de spare à bord et j’essaie de penser à tout. De tout vérifier. J’ai un bateau de Série d’ancienne génération et je ne suis pas sûr d’aller aussi vite que les bouts ronds, mais ce qui est cool, c’est qu’on est quand même une petite dizaine de pointus et qu’il y a un petit challenge entre nous. On va essayer d’être parmi les premiers pointus et si on arrive à mettre quelques bouts ronds derrière, ce sera chouette. »

Marie Gendron (1050 – Léa Nature) : « Ma première participation, en 2018, avait déjà été une sacrée aventure, avec un premier bateau que j’avais construit. Ça avait été une grande découverte du solitaire en allant aussi loin après six mois seulement de navigation en solo. Là, je reviens après quatre ans de Mini durant lesquels j’ai bouclé une transat et une SAS, puis signé un ou deux petits podiums aussi, donc c’est chouette, surtout que je reviens avec un nouveau bateau de dingue. Je reviens clairement pour une revanche (elle avait terminé la course avec une main cassée il y a quatre ans, ndlr). Je suis toutefois encore en phase de découverte du bateau. Le fait de connaitre déjà la course et le milieu, c’est sûr que ça aide mais ça reste une nouvelle expérience avec un bateau qui va très vite et qui est très exigeant physiquement. Je pense qu’il va falloir le ménager et me ménager aussi. Il va falloir que je sois très à l’écoute et que je navigue en bon marin. Si le résultat est bon ce sera du bonus et de bon augure pour la suite. J’aimerais bien rentrer dans le Top 5 mais il y a de la belle concurrence. Il va y avoir un beau match. »

Pierre-Emmanuel Dubois (Kir au cassis recherche partenaires) : « Pour moi, c’est une première avec autant de temps seul en mer. Pas en mer, mais seul en mer. C’est une course pour laquelle j’ai eu beaucoup de mal à me qualifier. Ça a été énormément d’efforts donc rien que d’être au départ, je suis content et je serais encore plus content si j’arrive à aller au bout. Je ne suis jamais allé aux Açores alors je suis super content de découvrir cet endroit. On part sur une grande traversée, avec des endroits assez techniques comme le golfe de Gascogne, le plateau Continental, le cap Finisterre… L’exercice est d’autant plus intéressant que la météo a l’air de se prêter à un jeu de vitesse assez important. On a hâte de voir les nouveaux fichiers. On va rentrer très vite dans le vif du sujet. Dès la sortie du port, ça va remuer. Je ne connais pas bien Les Sables d’Olonne mais la houle ici est assez légendaire par vents d’ouest. On va découvrir ça tout d’un coup. Il y a bien sûr l’objectif d’aller vite et de faire les choses propres. Le résultat, on verra à l’arrivée. Si déjà il n’y a pas trop de casse et que j’arrive en étant content de ma navigation, je serais satisfait. »

Jacques Delcroix (753 – Actual) : « Le bateau est prêt et moi aussi. C’est sûr qu’on ne se rend pas encore trop compte qu’on va aux Açores, que c’est loin, qu’on ne va pas simplement naviguer entre Belle-Ile et Groix. Je ne sais pas trop à quel moment je vais réaliser cette dimension-là, mais en tous les cas, c’est super excitant d’aller à Horta avec 71 autres concurrents. Il y a de la belle concurrence. La météo va être bien. Pas forcément simple à l’arrivée aux Açores avec l’anticyclone et la dorsale. Le positif, c’est qu’il va y avoir du jeu jusqu’au bout. La journée du départ devrait être plutôt tranquille et ça rassure. Lors de la première nuit, on aura un petit front à passer. On va peut-être se faire secouer un peu mais ça reste un front d’été. J’espère qu’au cap Finisterre, on ne va pas se faire défoncer par les « scows » qui risquent d’accélérer fort dès que le vent va monter. Pour nous, avec des bateaux pointus, il va falloir cravacher dur pour tenir le rythme. Rien ne sera jamais fait. Il va vraiment falloir s’arracher, s’arracher, s’arracher ! »

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