Pierre Le Roy, premier Proto de la 2ème étape : « Ça clôt de la plus belle des manières mon histoire en Mini 6.50 ! »

Vainqueur de la première étape avec une avance considérable de 20 heures et 27 minutes sur son poursuivant le plus proche le 28 juillet dernier, Pierre Le Roy (1019 – TeamWork) a enfoncé le clou, ce dimanche 14 août, à 7h23, en remportant la manche retour de la 9e édition de la Les Sables – Les Açores – Les Sables. Le Lillois, qui a fait le pari d’une route sud, a accepté de manger son pain noir à la mi-parcours, laissant l’avantage au pointage à certains partisans de la route nord, avant de reprendre l’avantage lors des dernières 24 heures de course et de s’imposer avec une vingtaine de milles d’avance, réalisant alors un remarquable sans-faute. Un doublé que seuls Aymeric Chappellier et Ian Lipinski avaient réussi jusqu’alors. Interview à chaud.

Vous réalisez le doublé sur la course. On vous imagine très content ?
« Avant de partir sur cette deuxième étape, je m’étais dit que quoi qu’il arrive, c’était le général qui comptait mais en fait je suis trop content de l’avoir claquée, celle-là ! D’une part, parce qu’elle était dure et, d’autre part, parce que pense que je n’ai pas fait une trajectoire géniale lors des trois premiers jours. Il y a eu du match constamment et le fait de revenir comme ça à la fin, ça a rendu la course vraiment trop géniale. C’était vraiment trop bien ! »

C’est une étape où des choix très tranchés ont été faits. Ça n’a pas dû être toujours facile à assumer ?
« C’est vrai. Avec les pointages, je savais à peu près où était qui. Avec ma position, plutôt au sud, je savais que j’allais ramasser à un certain moment de la course avec l’orientation du vent. En fait, tout s’est joué avec la dernière rotation de vent et des petites dépressions orageuses. Dès lors, pour moi c’était bingo ! J’ai fini plein pot avec le bon angle et c’était top ! »

Il y a-t-il eu des moments de doute ?
« Oui, forcément. J’ai douté parce que très vite, j’ai su que je n’allais pas être bien au pointage pendant trois-quatre jours. Il y a aussi eu des questionnements en lien avec mon problème de quille. Quand j’ai vu que j’allais me taper 20-25 nœuds au près avec 2,5 mètres de houle alors qu’elle bougeait, j’ai hésité à y aller. J’ai regardé où j’étais sur la carte. La terre la plus proche était les Açores et j’en venais. Du coup, je me suis dit « ok, j’y vais et on verra bien ». Ça l’a fait. A l’arrivée, le bateau est nickel. Il y a encore un peu de jeu mais ça va. »

Malgré ce problème d’appendice, on a le sentiment que vous avez navigué pied au plancher en permanence…
« C’est le cas. A partir du moment où j’ai pris la décision d’y aller et de jouer, je n’ai pas retenu le truc. Je n’ai toutefois pas trop pu dormir quand la quille bougeait trop au près. Pareil lors de la dernière nuit, dans du vent un peu plus soutenu, au portant. J’étais un peu trop tendu pour aller faire une sieste. Je comptais profiter et savourer au max de ma dernière course sur ce bateau, mais ça ne s’est donc pas déroulé exactement comme je le voulais ! Cela étant dit, le passage de ligne a été d’autant plus été génial ! »

Le fait d’avoir plus de 20 heures d’avance au classement à l’issue de la première étape a-t-il eu une incidence sur votre manière de naviguer lors de ce second round ?
« J’étais parti dans l’idée de gérer un peu mais une fois dedans, j’ai régaté poignée dans le coin, comme toujours. A aucun moment, je n’ai molli. J’ai réglé le bateau pour que ça aille à la bonne vitesse tout le temps. En somme, je n’ai pas géré, j’y suis allé ! »

Vous aviez 70 milles de retard il y a encore 48 heures sur le premier. Cela a dû bien vous booster pour finir ?
« Quand j’ai reçu le dernier classement, il y avait entre 30 et 40 milles d’écart avec Jacques (Delcroix). Il était devant mais je me doutais qu’il avait un angle de progression pas terrible pour rallier Les Sables, contrairement à moi. Quand le bateau a commencé à accélérer et à planer, j’ai pensé que ça le faisait, que je pouvais aller chercher la première place, surtout que le vent était un tout petit peu plus fort que prévu. »

C’était une étape longue puisqu’elle a duré plus de neuf jours, presque le double d’il y a quatre ans pour vous !
« J’avais pris neuf jours de nourriture, j’avais bien calculé mon coup ! Comme le colis de plats lyophilisés que nous avions commandé collectivement n’est jamais arrivé aux Açores, j’avais à bord du beurre de cacahuète, des boîtes de conserve… En clair, j’ai mangé comme un ado pendant la course ! »

Depuis la création de la course en 2006, seuls Aymeric Chappellier en 2012 et Ian Lipinski en 2016 avaient réussi à remporter les deux étapes. Preuve de la difficulté de cette SAS…
« Cette Les Sables – Les Açores – Les Sables est une course vraiment dure parce que les bateaux ramassent. On affronte des conditions météo qui sont dures. Plus dures que sur la Mini Transat, avec souvent beaucoup de près. C’est une épreuve délicate dans la gestion du bateau notamment. Je suis hyper content de la remporter après avoir gagné les deux manches. Ça clôt deux années de la plus belle des manières. C’est trop bien. Ce bateau-là, c’est une super histoire. Le projet a été lancé dans des conditions compliquées au moment du Covid. Un moment où je pensais que j’allais perdre mes sponsors. Finalement, ça s’est fait mais dans un timing hyper serré pour finalement gagner la Mini Transat. J’avais décidé de refaire une année de plus sur le circuit, avec comme objectif le doublé sur la SAS et dans un coin de la tête le record des 24 heures. Tout s’est bien goupillé. C’est juste trop bien ! C’est incroyable ! Je suis trop content d’avoir fait ces quatre années en Mini, en Série d’abord, en Proto sur ce bateau qui est magique ensuite ! C’est simplement parfait ! »

Quelle est la suite pour vous ?
« Je vais retourner à ce que je faisais avant le départ de la course, c’est-à-dire tenter de trouver des sponsors pour essayer de faire du bateau un peu plus gros. Je pense que vous l’avez remarqué, j’aime faire de la course au large ! J’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup ça. Je veux absolument continuer à en faire, d’une manière ou d’une autre. Il faut que j’arrive à convaincre des gens pour raconter une histoire avec moi. Pour faire la Route du Rhum et la Transat Jacques Vabre ensemble. »

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