Paroles de skippers

Pierre-Emmanuel Dubois (1014 – Kir au cassis recherche partenaires) : « L’arrivée dans la baie de Horta a été super difficile parce qu’il n’y avait plus de vent et beaucoup de courant. Ce n’était pas l’arrivée la plus facile surtout que la dernière nuit on était une dizaine à essayer de s’accrocher et je pense que personne n’a dormi du tout. La distance au but était de 10 milles mais à 0,5 nœud, ça fait 20 heures ! En tous les cas, je suis super content de cette première étape. Je me suis bien mis dedans dans le premier front. Au cap Finisterre, j’étais vraiment super bien sur le bateau. J’étais bien toilé et rapide et j’ai rattrapé un peu le paquet de tête. Le passage de la dorsale a été un peu particulier. Je suis parti dedans tout seul. J’ai fait le choix de ne pas suivre ceux qui étaient autour de moi et de prendre mes propres décisions. En ressortant, j’ai compris que je n’étais pas si mal que ça. Ensuite, il a juste fallu que je m’accroche et j’ai essayé de le faire au maximum. Je suis content. Finir dans le Top 10, c’était l’objectif maximal que je pouvais atteindre, je pense, avec mon début de course. Je suis super content d’avoir terminé 9e surtout quand je vois ceux qu’il y a devant. Certains ont fait de supers résultats cette saison. »

Quentin Debois (879 – Les Poupoules) : « Ce qui était très chouette, c’est que c’était vraiment ma première course au large. Les premières courses de la saison ont été plus côtières, avec différentes marques de parcours obligatoires. Sur cette Les Sables – Les Açores – Les Sables, il y a un point A, un point B et un plan d’eau énorme. Au final, on prend tous un peu les mêmes décisions mais quand on est sur l’eau, on ne le sait pas. On est à 15-20 bornes les uns des autres et on ne se voit pas à l’AIS. En tous les cas, c’était génial, j’ai adoré et je sais que c’est ça que je veux continuer à faire longtemps ! J’ai pris vraiment beaucoup de plaisir. Dans la pétole, à la fin, j’aurais préféré que ça aille plus vite, comme tout le monde, mais ça ne m’a pas pesé plus que ça. J’ai considéré que ça faisait partie de l’expérience. Ce qui m’a particulièrement plu, c’est le fait de devoir prendre des décisions sur les différents systèmes météo qui étaient annoncés. Sur l’eau, on a des informations assez vagues et du coup, il fait essayer de deviner, faire des recoupements…. Celui qui maîtrise bien la météo possède une arme redoutable pour prendre un avantage complètement dingue. Ça donne envie de progresser, d’apprendre plein de trucs, d’être capable de comprendre les nuances météo… Il y a de vrais choix qui peuvent être faits et c’est passionnant ! »

Hugues Bouffard (774 – Grain de Folie) : « C’était vraiment super ! Je n’ai jamais passé autant de temps en mer de toute ma vie. C’était trop bien, ça s’est super bien passé. Sur la fin, il fallait rester calme, c’est sûr, parce qu’on voulait tous arriver et ça n’avançait pas. Heureusement, il y a eu des petites risées à droite et à gauche et on a pu avancer petit à petit. C’était trop cool d’autant que j’ai recroisé des gens dans les derniers milles et que j’ai réussi à capter la radio portugaise à la BLU. C’était une super aventure. Il y a eu des conditions hyper variées. C’est aussi la première fois que je jouais avec des systèmes météo macros, que je recevais une météo en mer et que j’ai dû faire ma stratégie en mer. C’était hyper intéressant. Ça a vraiment ajouté autre chose par rapport aux autres courses de la saison. Douze jours de mer, ce n’est pas rien en solitaire. J’avais mis neuf jours pour faire ma qualification mais ça m’avait paru plus long car je n’étais pas en course. Lorsque c’est le cas, le temps passe beaucoup plus vite. J’ai déjà hâte de faire la deuxième étape ! »

Witlod Malecki (1071 – Prodata) : « Il y a eu beaucoup de pétole lors de cette première étape et ça, c’est une chose que je n’aime pas. Ça met les nerfs à vif et ça prend beaucoup d’énergie. On essaie de faire ce que l’on peut pour avancer – souvent pour rien – au lieu de dormir et c’est frustrant. C’est comme ça, mais ce n’est pas franchement amusant. En tous les cas, j’ai appris beaucoup de choses. Je fais mes débuts en Mini 6.50. J’ai déjà fait beaucoup de courses en Pologne sur d’autres types de bateaux mais j’ai encore beaucoup à apprendre sur le plan technique car je ne connais pas encore mon bateau. Quand je vois certains de mes concurrents naviguer, tout est très fluide. Ce n’est pas encore mon cas. Tout me prend beaucoup de temps. Trop de temps. Je dois apprendre, encore et encore. Je suis toutefois content de ma course. Pour la deuxième étape j’ai un peu d’appréhension. Pas en ce qui concerne la navigation mais plutôt en ce qui concerne les efforts à fournir. Quoi qu’il en soit, j’ai hâte. »

Hugo Cardon (889 – Hugo Sarth’Atlantique) : « Au début, c’était cool. On était avec les copains les deux-trois premiers jours. Ça bourrinait bien, ça glissait à fond, c’était trop cool. Après, j’ai eu des problèmes d’énergie à bord. Il y avait 20 nœuds à peu près, j’étais sous spi max et mon pilote a décroché. J’ai fait un gros vrac. Le bateau s’est couché et il ne s’est pas relevé. J’ai dû couper l’amure. J’ai cassé deux-trois trucs à ce moment-là. Le pilote a relâché une deuxième puis une troisième fois. J’ai compris que j’étais en black-out, que je n’avais plus rien. J’ai quand même réussi à garder ma VHF et mon AIS allumé, mais sans le pilote. C’est devenu compliqué de me reposer et j’ai eu du mal à réfléchir. Je n’ai plus vu les copains à l’AIS car après avoir perdu mon spi, je suis parti sous gennak pour ne pas trop perdre en vitesse et j’ai lofé. C’est un peu comme ça que je suis parti sur l’option nord. Après, je me suis retrouvé empétolé pendant trois jours. Je suis bien content d’arriver là. Je suis content aussi d’avoir réussi à retrouver mon pilote avant la fin de l’étape car l’objectif, c’était d’être quand même en forme pour la prochaine étape. Je ne suis pas trop fatigué je pense, donc c’est cool. J’avais déjà fait deux fois neuf jours en solitaire, du coup en course c’était encore différent. Comme je termine dans les derniers, ce qui n’était pas vraiment mon objectif, moralement, ça n’a pas toujours été simple mais j’ai réussi à switcher et à prendre du plaisir autrement. J’ai aussi eu des petits problèmes de nourriture à la fin : il me restait des pâtes bolo et du couscous, mais plus de pains au chocolat ni de brioche ! (Rires) »

Damien Doyotte (985 – Babouchka Cherche Sponsors) : « Ça a été juste génial, le départ. Je suis super mal parti, tout au fond, mais après j’ai tout remonté et je suis arrivé pas loin du Top 10 aux abords des Açores. Je ne me suis pas beaucoup entraîné cette année et je ne pensais pas jouer ces places-là alors ça m’a refait. J’étais super content et hyper fier de moi. Après, l’arrivée dans la pétole, ça a été une épreuve mentale comme jamais j’en avais vécu avant. Le fait de voir tout le monde revenir, d’avoir le bateau qui n’avance pas, de devoir s’y reprendre à trois fois pour passer la pointe de Sao Jorge, de voir tout le monde revenir avec un nuage et les places fondre au classement tout en étant impuissant… tout ça a été super dur mais sinon, c’était magnifique. J’ai beaucoup stressé de ne pas arriver le 30 parce que c’était l’anniversaire de mon fils. Au final, je suis arrivé juste à temps et j’ai pu l’appeler, c’est trop cool. Ça a été vraiment une super course. Fatigante mais super. On a eu toutes les conditions. En termes de stratégie, c’était vraiment génial. J’ai appris mille trucs sur mes voiles, sur comment faire marcher le bateau, sur la météo… On va voir comment ça se passe sur la deuxième. Pour l’instant, la météo n’est pas très favorable pour les bateaux à bouts ronds mais ça va être cool. En attendant, je vais profiter au maximum des Açores. »

Brieuc Le Mouillour (527 – Maison le Roux) : « J’ai été bien tout du long de cette première étape. J’avais vraiment le mojo à vouloir faire avancer le bateau tout le temps. J’ai plutôt toujours été dans des bons groupes. Dans les classements, ça allait et j’étais motivé… franchement, c’était trop bien. Je n’ai pas eu de problème le bateau, j’ai bien dormi et j’ai bien mangé. Je me suis vraiment senti comme à la maison. Au cap Finisterre, ça bombardait comme jamais. Avec mon vieux bateau, je ne suis jamais allé aussi vite. Franchement, je ne pensais pas pouvoir aller aussi vite avec lui et c’était trop cool. Dans la grosse pétole, ensuite, je ne m’en suis pas sorti de manière terrible. Certains s’en sont sortis encore moins bien que moi et d’autres ont fait de vrais hold-up, mais c’est comme ça. Dans ma tête, la course s’est un peu arrêtée à Graciosa car ensuite c’est devenu la loterie. J’ai un peu lâché j’avoue, et c’est un peu con. Maintenant, je vais profiter d’être à Horta. C’est vraiment magnifique. En arrivant dans les îles, j’ai pris une claque tellement c’est beau. L’arrivée avec tout le monde en même temps (un groupe de 25 bateaux est arrivée en l’espace de 45 minutes, ndlr), c’était la folie. Ça a rajouté du piment et les deux jours de pétole ont été oubliés à ce moment-là. »

Damien Job (819 – Sugoi Cherche Partenaires) : « Cette première étape a été longue et je suis un peu déçu parce que j’ai eu de la casse. Je me suis retrouvé seul tout du long à cause de mes problèmes de safran (l’un de ses appendices ne tenait plus que par une vis, ndlr). Je m’en suis rendu-compte le lendemain du passage du cap Finisterre. Si ça avait pété, j’étais à 10 nœuds, dans la nuit. Dans mon malheur, je m’en sors bien. Dès le départ, une de mes drisses a lâché et j’ai dû monter jusqu’au premier étage de barre de flèche lors du parcours de dégagement. C’était trop galère. Lors de la première nuit, je me suis aussi pris un casier à Rochebonne. Ensuite j’ai perdu une drisse en tête de mât. J’ai eu pas mal de petits pépins et je suis sûr que j’en oublie plein ! Sinon, c’était trop beau. J’ai vu plein de dauphins et ils sont jolis ici car ils sont mouchetés. Hier, dans la pétole, à un moment, j’ai entendu un gros plouf et en fait c’était un gros requin ! Je suis content d’arriver et puis il y aura une deuxième manche ! »

Xavier Condroyer (848 – Kampai Seaside Tech’) : « C’était que la première étape ça ? (Rires) Douze jours ! On a fait quoi ? Un front, deux fronts, une dorsale… On a vu des dauphins, des baleines, un petit requin… Il y a plein de choses à voir ici, c’est incroyable ! Ce qui est sûr, c’est que j’ai plein de choses à apprendre sur le plan de la navigation. J’ai bien découvert mon bateau. Lui et moi, on a bien approfondi notre relation ! J’ai optimisé les prises de ris : une minute 08, c’est mon record pour cette manoeuvre ! (Rires) J’ai découvert la course au large et ça m’a plu à fond ! Je ne me suis jamais senti seul ou quoi que ce soit. Je suis super content. Je suis un homme heureux, c’est magnifique ! Et cet accueil de fou ! Sur les derniers milles, Olivier (Le Goff) m’a mis la pression. On est les deux seuls de la flotte à être passé entre Sao Jorge et Pico. On s’est paumé cette nuit. On n’a pas dû prendre la même option et, finalement, je suis ressorti devant ! On arrive un petit paquet avec 30 minutes d’écart, c’est « chantmé » ! A présent, j’ai hâte de découvrir Horta ! »

Martin Oudet (871 – Archimed 23-25 – Vaincre le Melanome) : « Pour moi, c’est un petit peu le début de l’aventure Mini. J’ai eu mon bateau il y a seulement six mois et je découvre vraiment car cette SAS est seulement ma deuxième course en solitaire. C’était une grande aventure où il a vraiment fallu aller puiser loin au fond de soi, éprouver ses limites, sa patience et sa pugnacité. J’ai appris tout ça. Je suis resté bloqué deux jours au même endroit devant l’île de Terceira. Pendant pas mal de temps sur la course, je n’ai pas vu grand monde. J’ai souvent été entre plusieurs paquets et donc j’ai eu souvent l’impression d’être seul au monde. C’était un peu étrange mais c’était une super aventure et une expérience incroyable. Le premier tiers a été difficile. C’était dur de larguer les amarres, de laisser tous les gens qu’on aime à terre. J’ai mis du temps à me mettre dans la course. Après le cap Finisterre, là j’ai pris mon rythme et j’ai bien aimé la partie portant avec un peu de vent. C’était chouette. Ensuite, c’était dur la pétole, un jour ou deux après le cap. De se retrouver au milieu de l’océan, presque à l’arrêt, avec personne à qui parler autour, ça m’a pesé un peu. J’avoue que les deux-trois derniers jours dans la pétole, c’était long et j’ai dû faire un peu gaffe à la nourriture. Je n’avais pas une grosse marge. J’ai appris mille trucs, même sur les réglages. Je n’avais jamais fait de bords aussi longs. J’ai appris vraiment à rester stoïque et à garder le moral même quand c’était très long. Sur ce type de course, on vit un cocktail d’émotions complètement dingue. On passe par tous les états. C’est très intense et avec la fatigue, on est vraiment à fleur de peau. Il faut vraiment apprendre à se tempérer, à rester un peu neutre et ce n’est pas facile ! »

Peter Jr Gibbons-Neff (837 – Terminal Leave) : « Les derniers mètres ont été longs. J’ai cru que je n’arriverai jamais à passer la ligne mais je suis là ! Je suis vraiment content d’être ici ! C’est la première fois que je viens aux Açores et c’est très excitant d’arriver dans un tel endroit. C’était une super course, très complexe. A la fin, il y a peu de vent. Ça n’a pas toujours été facile à gérer d’autant que c’était fluctuant en fonction des moments de la journée. Au début, en revanche, il y a eu trois jours sous spi vraiment incroyables. J’ai atteint des vitesses auxquelles je n’avais encore jamais été en Mini et ça a été vraiment super plaisant ! En termes de résultat, j’aurais bien aimé terminer en milieu de tableau mais qu’importe, j’ai beaucoup appris à différents niveaux et notamment sur le plan de la navigation, de la météo mais aussi de la préparation. C’est une course assez longue qui demande une autre organisation que celle des autres épreuves auxquelles j’avais participé jusqu’ici. C’est d’ailleurs la première fois que je passais autant de mer. Je suis très content d’arriver aussi pour cette raison : je n’ai vu personne ou presque pendant la course et je suis heureux de revoir des gens. J’ai hâte de pouvoir partager des moments à Horta avec les autres concurrents. »

François Letissier (427 – Birvidik) : « C’est une grosse déception parce que mon objectif sur cette saison, c’est d’essayer de ne pas être dernier et de ne pas abandonner. Je n’ai pas abandonné mais je suis quand même dernier. Ça ne m’était pas arrivé depuis le début de l’année mais j’ai cassé le deuxième jour. J’ai perdu un outrigger et j’ai eu des problèmes électriques, deux problèmes qui ne sont, à date, pas expliqués. Je ne suis pas entraîné pour réparer et me remettre d’un black-out. Je suis resté au moins trois heures comme assommé lorsque c’est arrivé. En trois secondes, on se retrouve avec plus rien, plus de radio, plus d’AIS, plus de feux de navigation… Quelqu’un d’entraîné sait quoi faire, quelqu’un qui ne l’est pas reste un moment à se demander quoi faire. J’ai été embêté trois fois. Le dernier, ça a été dur car je suis tombé en black-out avant minuit et le lendemain, c’était nuageux. L’énergie n’est donc revenue qu’en début d’après-midi. J’ai alors commis une erreur : j’ai essayé de barrer en permanence alors que j’aurais dû, à un moment, arrêter le bateau car de toutes façons, je m’endormais sans arrêt. C’est l’une des nuits où j’ai perdu le plus. Après, il y a la prime au vainqueur et je suis tenté de dire l’assommoir sur les vaincus : la météo est terrible ! Elle ne fait pas de cadeaux ! On s’est payé des calmes incroyables ! Il a fallu essayer de rester calme. A certains moments, je me suis demandé si je serais arrivé avant que les autres soient repartis. On ne sait tellement pas combien de temps ça va durer quand on est empétolé ! Je crois qu’une fois j’ai fait 15 milles en 24 heures ! Après tout ça, je suis super content d’arriver, ça c’est sûr ! »

Olivier Le Goff (599 – Valérie – Oliv’au Large) : « Au départ, je ne pensais pas qu’on partait pour autant de temps ! Je me suis rendu-compte que je n’étais pas trop prêt. Psychologiquement, je ne m’étais pas mis en tête que je resterais autant de jours en mer. J’ai mis un peu de temps à rentrer dans la course et je me suis étonné de me retrouver si vite tout seul. C’était un peu ce que j’appréhendais le plus et au bout de deux jours, j’étais complètement seul ! Au large de l’Espagne, j’ai cru que j’allais démâter avec mon spi max. Du coup, j’ai dû couper ma drisse. Le lendemain, j’ai envoyé mon spi médium et il s’est déchiré en deux. Ça a été un peu la galère. J’ai profité des phases de pétole pour tout réparer et le bateau est nickel à l’arrivée ! Il faut juste que je monte en tête de mât pour remettre une drisse ! (Rires) J’ai tenté l’option entre Sao Jorge et Pico dans l’archipel et moralement ça m’a fait super du bien de croiser Xavier (Condroyer). J’ai d’abord pensé que c’était une hallu, que je le voyais parce que j’avais envie de voir un bateau ! Quand il m’a répondu à la VHF, j’étais trop content ! Je suis content d’être arrivé. Il y a des moments où je me suis un peu demandé ce que je faisais là mais au bout du compte, quand on se rend compte du chemin qu’on a fait, on se dit que c’est un truc de fou quand même ! »

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