Entre impatience et appréhensions

Après une première étape marquée par les petits airs, les Ministes de la Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix se préparent à un deuxième acte globalement plus tonique mais certainement pas moins complexe. Les premières 24-36 heures de course, notamment, s’annoncent bien incertaines, avec de forts risques orageux, tandis que la suite pourrait mettre à rude épreuve les bateaux et les organismes. Et pour cause, c’est au près, dans du vent relativement soutenu avec des rafales pouvant atteindre 25 nœuds, que les solitaires vont rejoindre Wolf Rock avant de finir au portant. Dans ce contexte, bien qu’il soit difficile d’estimer avec précision une heure d’arrivée, les premiers pourraient boucler les 470 milles du parcours entre Les Sables d’Olonne et Roscoff en trois jours et demi, soit dans la soirée de jeudi. La gestion du sommeil sera donc l’un des facteurs clés de la réussite et elle représente naturellement l’une des plus grosses appréhensions pour les skippers qui, pour les trois quarts, n’ont encore jamais passé plus de deux nuits en mer.

Près de 500 milles entre Les Sables d’Olonne et Roscoff, via l’île de Ré puis Wolf Rock : tel est donc le programme de la deuxième étape des Sables – Les Açores en Baie de Morlaix dont le coup d’envoi est prévu ce lundi à 13 heures. « Ce parcours présente plusieurs difficultés avec notamment le contournement de l’île de Ré souvent délicat, le passage du DST d’Ouessant toujours un peu chaud, deux traversées de la Manche, d’importants courants potentiels aux abords de Land’s End puis un atterrissage subtil en Finistère nord », assure Denis Hugues, le directeur de course de l’épreuve qui a choisi d’imposer aux coureurs de laisser Yeu, Belle-Ile et le fameux dispositif de séparation de trafic d’Ouessant à tribord. Outre des difficultés techniques, les 71 Ministes qualifiés pour cet acte 2 de la compétition vont devoir composer avec une météo complexe. « Le départ devrait être donné dans peu de vent, c’est-à-dire moins de dix nœuds. Cette prévision reste cependant hypothétique car une dépression orageuse n’est pas encore bien calée selon les modèles », explique Christian Dumard, le météorologue de la course, qui présage de 24 à 36 premières heures de course très incertaines. « C’est vraiment compliqué de faire des estimations. On ne peut pas exclure que le vent rentre en cas d’orages et que le flotte avance plus vite que prévu, ni qu’elle bataille dans les petits airs et mette 48 heures pour rejoindre la pointe de Penmarch », détaille Christian, plus précis concernant la suite : « Après cette première journée et demi complexe, le vent est prévu de s’orienter au nord-est puis au nord-ouest pour 12 à 17 nœuds avec des rafales à 25 ». Dans ce contexte, c’est donc au près que les concurrents vont évoluer pour rejoindre Wolf Rock. « Les conditions seront complètement différentes de celles rencontrées lors de la première étape, avec plus de vent et plus de mer. Les bateaux vont être davantage maltraités. Il faudra être très attentif pour éviter la casse matérielle, rester très à l’écoute de sa monture quand elle commencera à souffrir », note Loïc Blin (871 – Mini Moi cherche sponsors), cinquième de la première manche chez les Série.

Les interrogations en suspens

L’autre enjeu de ce nouveau round sera assurément la gestion du sommeil. « C’est un vrai sujet pour la majorité d’entre nous. On a pu voir, lors de la première étape, que 48 heures de mer c’était déjà fatigant mais là, avec trois ou quatre jours au large, on va clairement rentrer dans l’inconnu. Pour ma part, je ne sais pas comment je vais réagir psychologiquement. C’est ce qui me fait un peu peur ou, disons plus justement que c’est ce qui m’interroge », avoue Benjamin Doyen (618 – On the road again). Un sentiment partagé par Brieuc Lebec : « A l’arrivée de la première étape, j’étais déjà bien cramé, alors je me dis qu’il va falloir que je sois super discipliné pour faire de vraies siestes et de vrais breaks sur cette nouvelle course ». Car oui, pour tirer son épingle du jeu sur ce deuxième volet de la Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix, il faudra prendre le bon wagon d’entrée de jeu, préserver autant que possible son bateau pour éviter une avarie rédhibitoire, gérer au mieux sa fatigue et son potentiel mal de mer. « On va clairement découvrir des choses sur nous », termine le skipper de Maitri – A race for chance qui espère terminer une nouvelle fois dans le Top 10 (il a fini 9e Série de la première étape), mais qui sait que les marins plus expérimentés auront l’avantage de mieux savoir où placer les curseurs.

Ils ont dit :

Grégoire Chéron (887 – King Julian 3) : « Sur cette deuxième étape, on va faire beaucoup de près. Cela va être complexe à l’intérieur du bateau car il va falloir se tenir aux parois, réussir à bien s’alimenter… La vie à bord ne sera pas confort. J’espère, en tous les cas, avoir moins de chances de me faire piéger dans des zones sans vent que lors de la première manche. En ce sens, je redoute surtout la première partie du parcours où, potentiellement, des gens vont pouvoir s’échapper. Pour ma part, je suis débutant. C’est ma première course au large et je ne sais pas encore bien faire naviguer ce type de bateau. Je pense néanmoins que je peux être dans le match car je ne pense pas être pas là par hasard. Ce que j’appréhende ? Le passage du DST mais pas tellement le trafic des cargos, contrairement à ma mère (Rires) ! Ça va être intéressant de traverser deux fois la Manche. Quatre jours en mer, je ne l’ai encore jamais fait. Je serai heureux d’arriver à Roscoff dans les temps. J’ai à cœur de mieux gérer les phases de transition, de réussir à moins dormir et de me reposer de manière fractionnée pour être plus présent sur le pont. J’espère finir content de ce que j’aurais fait. Pour moi, c’est plein de petites étapes qui passent : préparation du bateau, passage des contrôles sécu, premier départ, première arrivée… Ce sont des cases que je coche au fur et à mesure. Petit à petit je vais y arriver !»

Loïc Blin (871 – Mini Moi cherche sponsors) : « J’ai beaucoup aimé la première étape. C’était chouette car je viens du lac Léman et la pétole, j’adore ça. En plus de ça, on a eu de belles couleurs, de beaux levers de lunes… C’était magnifique ! Ma 5e place au classement provisoire, c’est du bonus car l’objectif premier pour moi sur cette Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix, c’est vraiment de valider des milles en course et d’aller jusqu’au bout. Lors de cette deuxième manche, les conditions seront complètement différentes avec plus de vent et de mer, ce qui va davantage maltraiter les bateaux. Il faudra faire très attention au matériel. Pour ma part, quand je sens que le bateau commence à souffrir, je reste très à l’écoute et je ménage ma monture. Je souhaite continuer à naviguer comme je sais faire et ne surtout pas me mettre la pression du résultat, même si, évidemment, j’aimerais bien de nouveau terminer dans les dix premiers Série et batailler correctement avec les autres Pogo 3. »

Benjamin Doyen (618 – On the road again) : « Lors de la première, mes principaux objectifs étaient de ne pas casser et de finir. Au final, j’ai terminé 4e en Proto et 9e au scratch et je me rends compte que depuis, je ne pense plus qu’à être devant ! Je suis en train de me découvrir un gros esprit de compétition et du coup, j’aborde cette deuxième étape avec le stress de garder un classement un peu sympa. On ne fait pas un rallye, on est là pour jouer, mais j’avoue que je ne pensais pas me faire autant prendre au jeu ! Pour canaliser un peu la pression, je vais quand même essayer de rester dans la même philosophie qu’au début. Cette fois, les inconnues vont concerner l’organisme et la partie psychologique. Ce n’est pas forcément la météo qui m’angoisse. A la limite je lève le pied et ce n’est pas très grave. Là, je ne sais vraiment pas comment je vais réagir mentalement. »

Romain Tellier (865 – Guénifey) : « Le premier acte a été un peu galérien pour moi. J’ai eu pas mal de taf à faire la veille du départ car j’ai eu un gros souci électronique. A 22 heures, j’étais encore en haut de mon mât en train de faire de la soudure. Je n’ai pas eu le temps de me mettre dans la météo et les routages. J’ai commencé la course avec les cartes météo sur les genoux et du coup je me suis retrouvé en retard à Rochebonne. Là, j’ai subi une grosse molle. La girouette s’est mise à faire des 360 et moi j’ai dérivé pendant quatre heures en attendant que le courant s’inverse ou que le vent remonte. Ça a été dur-dur. Sur cette deuxième manche, je vais partir un peu plus sereinement car j’ai eu plus le temps de me préparer et de regarder les fichiers. Les conditions vont être un peu plus musclées et on va faire beaucoup de près. J’espère ne pas être trop malade et faire mieux qu’à la première étape. »

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