Bouroullec double la mise en Proto, Riché signe sa première victoire en Série

Depuis 19h20 hier, les arrivées de la deuxième étape de la Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix se succèdent au Port du Bloscon. Et si elles vont continuer de s’égrainer tout au long de cette journée de samedi, les podiums de l’étape ainsi que ceux des classements généraux provisoires sont désormais connus. Ainsi, chez les Proto, le trio Tanguy Bouroullec (696 – Cerfrance), Antoine Perrin (850 – Hydroprocess) et Irina Gracheva (800 – Canopus) est à la fois le tiercé gagnant de la manche et celui, dans le même ordre, du classement général provisoire. Chez les Série, la hiérarchie est en revanche plus fragile et ce n’est pas Victor d’Ersu (985 – Babouchka) qui soutiendra le contraire après la fin de course épique qu’il a vécue aujourd’hui. Privé de tout système électronique, le skipper a galéré à trouver la ligne d’arrivée dans la nuit noire. Durant près de deux heures, il a tourné dans la baie de Morlaix perdant alors un temps précieux et permettant à Quentin Riché (947 – Eliott) puis à Jean-Marie Jézéquel (951 – Branchet / KPL) de le griller sur le fil après avoir pourtant mené les débats pendant une grande moitié de la course. Au général, Léo Debiesse (966 – Kelyfos), 4e de ce second round, conserve néanmoins le leadership devant Riché qui se hisse sur le podium juste devant l’Allemand Lennart Bürke (943 – Vorpommen).

Cette deuxième étape de la Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix, qui a mené les Ministes des Sables d’Olonne jusqu’à Roscoff en passant par l’île de Ré et Wolf Rock, s’annonçait assez tonique. Or elle a plutôt été marquée par de petits airs, même si pendant un court moment, au large du DST d’Ouessant, le vent est monté jusqu’à 28 nœuds. Résultat, comme la première manche, elle s’est avérée « usante » à la fois mentalement et physiquement pour les marins qui ont ainsi passé plus de quatre jours en mer. Quatre jours durant lesquels les coups d’élastiques et les retournements de situation ont été pléthores ainsi que l’a expliqué Tanguy Bouroullec (cf son interview réalisée hier après son arrivée), et ainsi que l’a confirmé son dauphin, Antoine Perrin. « La course n’a pas été facile. Il y a eu de nombreux passages à niveau et autant de rebondissements. Les écarts se sont régulièrement faits puis défaits », a commenté le skipper d’Hydroprocess qui s’était incliné sur fil lors de la première manche face à Irina Gracheva et qui, cette fois, est parvenu à la laisser 26 minutes dans son tableau arrière après un nouveau duel acharné du début à la fin. « Les écarts sont faibles mais je réalise une bonne opération au général puisque je remonte de la troisième à la deuxième place au classement provisoire », s’est satisfait le Carantécois, évidemment ravi de finir en bonne place sur son terrain de jeu de prédilection et de reprendre l’avantage au général pour 25 minutes sur sa concurrente directe, même s’il concède désormais 2h34 à Tanguy Bouroullec, et sait que ce temps ne sera pas facile à combler, même avec une étape de 870 milles à venir.

Une fin de course totalement improbable

Chez les bateaux de Série, la hiérarchie est nettement moins figée et l’incroyable finish de cette deuxième étape en est la preuve la plus parfaite. Jugez plutôt : alors qu’il occupait les commandes de flotte depuis le passage du dispositif de séparation de trafic d’Ouessant jeudi en fin de journée, et se dirigeait tout droit vers la victoire d’étape avec une confortable avance de cinq milles sur ses adversaires, Victor d’Ersu a connu une mésaventure aussi improbable qu’impitoyable. Entré dans la baie de Morlaix aux environs de 1h30, il a tourné puis tourné encore à quelques mètres seulement de la ligne d’arrivée sans la voir, perdant alors deux longues heures. Un scénario en réalité complètement lié à un black-out subit depuis le débordement de la pointe Bretagne deux jours auparavant. « Je me suis retrouvé privé d’électronique, c’est-à-dire de GPS, de pilote automatique, d’aérien… ça a été super compliqué et j’ai tout fait à l’ancienne. Ça a été un peu fatigant parce que j’ai dû barrer tout le temps. Je n’ai pas mangé ni dormi du tout pendant 60 heures », a relaté le skipper de Babouchka qui, malgré cela, a réalisé une très belle course, menant un temps les débats avec plus de 8 milles d’avance sur le reste de la flotte. « Aujourd’hui, je sais que je peux jouer devant, mais évidemment je suis un peu déçu de ne pas avoir accroché la victoire d’étape. Il m’est passé tellement de choses par la tête tout ce temps où je ne parvenais pas à trouver la ligne d’arrivée ! On m’avait dit qu’il y avait un petit gyrophare sur le bateau comité mais impossible de le voir ! Je me suis même dit que j’allais mouiller jusqu’à ce qu’il fasse jour et puis tant pis… Au final, on est arrivé à trois bateaux quasi en même temps ! Incroyable ! », a commenté le Malouin, pas mécontent de signer malgré tout une belle troisième place, peu après 3h30 du matin ce samedi, à seulement 1 minutes et 20 secondes du vainqueur, Quentin Riché.

Tout reste à faire

« Quel finish de malades ! Je pensais que Victor était arrivé depuis un moment. Quand je l’ai vu sans feu et sans AIS, j’ai compris qu’il avait des problèmes d’énergie et la pression est encore montée d’un cran. On est arrivé à trois, à quelques longueurs d’intervalle seulement ! » a commenté le skipper d’Eliott, auteur d’un joli début de course mais aussi et surtout d’une belle fin d’étape grâce notamment à un joli coup dans les contre-courants de la baie. « Gagner une étape, c’est fou !  Au départ, j’étais ici pour me qualifier pour la Mini Transat. C’est seulement ma deuxième course en solitaire et je ne m’attendais pas du tout à ça, mais clairement je me prends au jeu de la performance ! », a ajouté le Grenoblois qui se hisse de la quatrième à la deuxième place au classement général provisoire derrière Léo Debiesse. Quatrième de cette manche, ce dernier conserve en effet l’avantage au général. « J’avais 1h42 d’avance après ma victoire sur la première course. A présent, il me reste 1h34 de marge. Au final, cette deuxième étape ne change pas grand-chose pour moi en termes de temps mais je suis très content de terminer dans le Top 5. Un podium aurait été encore mieux mais je ne m’en sors pas si mal surtout après un début de course un peu laborieux », a commenté le skipper de Kelyfos qui va profiter d’un peu de répit bien mérité avant le troisième et dernier volet de l’épreuve dont le départ est programmé, pour l’heure, mercredi prochain à 16 heures.

Ils ont dit :

Antoine Perrin (850 – Hydroprocess), 2e Proto de l’étape 2 et deuxième au classement général provisoire : « Cette fois-ci, j’ai réussi à finir devant Irina (Gracheva). J’ai réussi à la passer dans la nuit de jeudi à vendredi, près de Wolf Rock. J’ai chopé du vent tout à droite et elle, elle est restée collée à gauche. Elle avait 5 ou 6 milles d’avance à un moment mais je n’ai rien lâché. La course n’a pas été facile, au début surtout. Si on a du près dans 25 nœuds et du portant dans 15-20 nœuds sur le dernier bord, on a aussi eu beaucoup de moments sans vent. J’étais parti avec 20 litres d’eau mais c’était un peu short. J’ai tout bu car il a fait très chaud les deux premiers jours mais heureusement, en Angleterre, il a fait froid et humide. Je remonte à la deuxième place au classement provisoire : ça, c’est la bonne affaire du jour. J’ai la chance d’avoir un groupe électrogène qui fonctionne, ce qui m’a permis de pouvoir mettre sereinement le pilote automatique dans les moments où j’étais fatigué. Certains, toujours sur l’eau, sont confrontés à des problèmes d’énergie et ça doit être compliqué pour eux. En tous les cas, je suis hyper content de ma place et hyper content aussi de terminer cette étape à la maison, moi qui suis licencié à Carantec ! »

Irina Gracheva (800 – Canopus), 3e de l’étape 2 et troisième au classement général provisoire : « Je suis super contente ! C’est de nouveau une place dans le Top 3 après ma deuxième place dans la première étape. Je suis bien dans le coup et forcément, ça me fait plaisir car comme je l’ai déjà dit, avant le début de la course, je ne savais pas trop à quoi m’attendre en termes de résultat avec ce bateau que j’ai récupéré il y a peu. J’ai globalement bien navigué, même si j’ai commis quelques erreurs. Ça a, une nouvelle fois, été une super bagarre avec Antoine (Perrin). C’est génial de batailler à deux comme ça car ça permet de s’étalonner en vitesse, de vite savoir si on a gagné ou perdu du terrain… Au final, il me reprend la deuxième place au classement général provisoire mais ça reste très serré. Tellement que sur la troisième étape, plus que le temps, c’est la place qui comptera : celui qui terminera devant l’autre sera celui qui finira devant ! »

Jean Marie Jézéquel (Branchet /KPL), 2e Série de l’étape 2 : « Je suis désolé pour Victor (d’Ersu) car je pensais qu’il était arrivé depuis un moment. Je l’ai vu sur la ligne mais je ne savais pas qu’il était encore en course ! Ça a clairement été une étape de fou. Il y a eu de tout : beaucoup de petit temps, des rebondissements dans tous les sens et ce super finish, presque incroyable. C’était vraiment chouette. J’ai pris beaucoup de plaisir en mer même si on n’a pas beaucoup dormi car on était toujours en bataille les uns contre les autres, toujours groupés. Sur cette deuxième étape, j’ai essayé de bien faire surtout qu’elle arrivait à la maison pour moi. J’ai navigué un peu plus libéré que sur la première étape. J’ai tenté des choses qui me paraissaient plus pertinentes et moins désespérées. J’ai aussi réussi à être un peu plus conservateur, peut-être un peu trop par moment, mais au final je suis super content. »

Romain Bigot (802 – La Vie est Belt), 4e Proto de l’étape 2 : « Je visais un Top 5 sur une des étapes : c’est mission accomplie ! Je suis super content ! J’ai appris que j’étais deuxième hier soir et je me suis fait fumé dans le courant avant Wolf Rock car j’étais un peu fatigué, mais une place de 4e, c’est top ! Ça a été une belle étape. Une étape où on a eu de tout : de la pétole mais aussi du vent. J’ai pris des claques à 28 nœuds au près ! Cet après-midi, c’était super, pleine balle au portant, à 16 nœuds ! J’ai hâte de découvrir la carto pour voir ce qui s’est passé pendant la course et notamment à niveau du DST d’Ouessant. J’ai suivi ce que nous avait dit Christian Dumard et ça a très bien marché. C’était génial, vraiment génial ! Vraiment intéressant ! Je suis super remonté pour la troisième étape ! »

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