Tanguy Bouroullec signe un sans-faute en Proto, Léo Debiesse s’impose en Série

Tanguy Bouroullec signe un sans-faute en Proto, Léo Debiesse s’impose en Série

On l’avait annoncé avant même le départ, dimanche dernier à Roscoff : la troisième étape de la Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix était susceptible de créer d’importants écarts au sein de flotte, avec notamment trois points cruciaux : la remontée au près jusqu’en mer Celtique, le passage du deuxième way-point au sud-ouest du DST d’Ouessant et les tous derniers milles entre l’île d’Yeu et Les Sables d’Olonne. On ne s’attendait toutefois pas à ce qu’ils soient aussi monstrueux. Jugez plutôt : Tanguy Bouroullec, seul concurrent à avoir réussir à éviter la pétole sur la dernière section du parcours, a bouclé les 500 milles de cet ultime round en fin de matinée mercredi quand ses poursuivants les plus proches n’ont réussi à faire de même que ce jeudi, aux premières lueurs du jour. Un écart abyssal de 19 heures et des poussières sur une manche qui n’aura duré que trois jours. Le skipper de Cerfrance, déjà vainqueur des deux premières étapes a donc littéralement survolé l’épreuve chez les Proto, devenant au passage le premier marin à inscrire l’épreuve pour la deuxième fois à son palmarès. Au classement général, il devance finalement Irina Gracheva (800 – Canopus), et Fabio Muzzolini (945 – Tartine) qui peut également se satisfaire d’une belle deuxième place dans le dernier acte. Chez les bateaux de Série, Léo Debiesse (966 – Kelyfos), qui menait la danse à l’issue des deux premiers rounds, a enfoncé le clou en s’imposant devant Jean-Marie Jézéquel (951 – Branchet  / KPL) et Michel Sastre (903 – Shaman). Au final, il monte donc logiquement sur la première marche du podium. Un podium complété, au bout du suspense, par Jean-Marie Jézéquel et Lennart Bürke (943 – Vorpommern).

« Bravo à Tanguy ! Il a été impérial sur les trois étapes ! Tant sur les départs que sur sa navigation, il a vraiment été un cran au-dessus ! Ça aurait été chouette de l’avoir en lièvre mais il a galopé un peu trop vite », a commenté Fabio Muzzolini à son arrivée à Port-Olona, ce jeudi matin. C’est un fait, le skipper de Cerfrance a dominé de la tête et des épaules cette Les Sables – Les Açores revisitée, avec une escale en baie de Morlaix en cette période de crise sanitaire liée au Covid-19. Le navigateur, déjà vainqueur de la course en 2016 en bateaux de Série, s’est cette fois imposé dans la catégorie des Proto, réalisant alors un doublé inédit. « Trois sur trois, c’est top surtout que la dernière étape a quand même été costaude, mine de rien. On a quasiment tout fait au près, sous la pluie et dans du vent fort pendant trois jours ! On était trempé en permanence, il faisait froid… Franchement, j’ai trouvé que c’était dur », a assuré le navigateur. Un avis partagé unanimement par ses adversaires, à commencer par Irina Gracheva. Victime d’un black-out total d’énergie dès la première nuit, la Russe n’a jamais cessé de se battre, quitte à finir à bouts de forces. « Franchement, c’était tellement dur ! J’ai fait toute l’étape sans instrument, sans radio, sans pilote, sans rien… Je me suis posé la question d’abandonner et de me dérouter sur Camaret mais j’ai finalement fait le choix de continuer, même en sachant que les conditions météo à venir ne seraient pas faciles avec le passage d’un front froid sur notre zone de course. Ça a très été dur car on a eu jusqu’à 40 nœuds de vent et je n’avais aucun repères, aucun moments possibles de répit… Je termine extrêmement fatiguée. J’avoue que je n’en reviens pas de terminer 3e de l’étape, et encore moins 2e du général. C’est fantastique ! », a commenté la skipper de Canopus, avec forcément une petite pensée pour Antoine Perrin avec qui elle a livré une superbe bagarre sur les deux premières manches avant que celui-ci ne soit contraint à l’abandon, la faute à un choc avec un OFNI (objet flottant non-identifié) ayant provoqué l’arrachement de son tableau arrière et, par ricochet, une voie d’eau. « C’est super frustrant de ne pas pouvoir défendre ses chances jusqu’au boutsurtout après avoir été parfaitement dans le match », a concédé le skipper d’Hydroprocess qui laisse ainsi filer le podium qui lui tendait les bras au profit de Fabio Muzzolini. Le skipper de Tartine, qui a navigué pied au plancher et fait preuve d’une belle maîtrise dans les conditions musclées lors de cette ultime manche, est assurément celui qui a payé le plus cher la pétole sur la fin du parcours. Littéralement englué dans la molle, le solitaire aura mis plus de douze heures pour parcourir les 25 petits milles entre l’île d’Yeu et les Sables d’Olonne. Une « véritable punition » pour rependre ses mots, qui ne le prive toutefois pas du podium au général, même s’il a eu chaud aux fesses. Il ne devance, en effet, Romain Bigot que de 43 minuscules secondes au temps cumulé des trois étapes. « Un écart si faible, c’est un peu dur à encaisser », a déclaré le skipper de la Vie est Belt. Mais comme le dit l’adage : le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Des leaders solides, des podiums âprement disputés

Ce proverbe est d’ailleurs transposable chez les bateaux de Série également où, la encore, la troisième place du classement général s’est jouée au bout du suspense entre Fabrice Sorin et Lennart Bürke. Le premier aura dû patienter de longues minutes pour savoir s’il monterait ou non sur le podium, lors de la remise des prix prévue demain. Le verdict est malheureusement tombé pour le skipper de Jules qui a, certes, devancé son adversaire sur ce dernier acte, mais pas suffisamment pour combler son retard au classement après deux étapes. Au final, il ne lui aura manqué que seize petites minutes au temps cumulé pour rejoindre Léo Debiesse et Jean-Marie Jézéquel dans le tiercé gagnant de cette Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix. « C’est le jeu », a-t-il-commenté avec fair-play, tandis que son concurrent n’a pas feint de cacher sa joie. « Je suis super content ! J’ai bien tiré mon épingle du jeu sur la remontée jusqu’à la pointe Bretagne et j’ai ainsi passé le premier way-point en deuxième position. Sur le long bord entre le DST d’Ouessant et l’estuaire de la Gironde, j’ai cravaché mais j’ai eu du mal à lutter contre les Maxi 6.50, toutefois, je n’ai rien lâché. J’ai gardé le maximum de toile possible dans 35 nœuds et c’était complétement fou ! A la fin, je savais que Fabrice était devant moi mais j’étais sûr que je pouvais grappiller un peu de terrain sur lui dans la pétole à la fin. Je me suis battu jusqu’au bout pour limiter l’écart entre nous avec constamment un œil sur ma montre ! », a commenté l’Allemand auteur, pour finir, d’une 8e place dans cette dernière étape. « J’avoue que j’étais persuadé que je n’arriverais pas à garder ma place dans le Top 3 de l’épreuve. Ce classement est presque inespéré pour moi. Je n’en attendais pas tant pour ma première course en Mini, même si je sais que j’en encore énormément à apprendre, surtout à seulement 21 ans ! », a ajouté Lennart, soulignant par ailleurs la remarquable régularité de Léo Debiesse, le grand vainqueur de cette édition 2020 de la course en bateaux de Série. Avec deux victoires d’étape et une 4e place, le skipper de Kelyfos s’est, en effet, montré solide pour sa première course sur le circuit des Mini 6.50. Redoutable dans les petits airs mais aussi tout à fait à l’aise dans le vent fort. Sûr que celui-là non plus n’a pas fini parler de lui…

Ils ont dit :

Michel Sastre (903 – Shaman), 3e Série de l’étape 3 : « Je suis super content d’autant qu’on a vraiment eu une étape très complète. Du portant dans du vent fort, je n’en avais jamais trop fait avec ce bateau et c’est assez grisant. Ça donne une idée des transats. Je suis bien parti. A la première marque, j’étais deuxième et tout content, mais ça s’est dégradé jusqu’au premier way-point où toute la flotte m’est passée devant. Je suis parti tout seul d’un côté à Ouessant en étant sûr que j’en rattraperais pas mal et cela a été le cas. Au deuxième way-point, j’ai ainsi rejoint le groupe de tête. Après, je me suis appliqué et je n’ai fait que rattraper et j’avoue que j’ai trouvé ça assez amusant. Finalement, le près, ce n’est pas si fatigant. Ça fait mal au bateau surtout. La dernière nuit, comme c’était vraiment une pétole glassy, on pouvait aller dormir parce qu’on savait que dans le quart d’heure, il n’allait rien se passer. J’ai donc pu me reposer un peu, mais pas suffisamment quand même (rires) ! Ça a été une belle étape. Ça me fait plaisir de terminer par une 3e place d’étape. Je savais que je n’en étais pas loin. Je me suis étonné de certaines vitesses que j’avais au portant. A cette allure, j’ai rattrapé 6 milles ce qui est beaucoup car devant, ce ne sont pas des amateurs. Ça vient du dériveur je pense… »

Erratum

Fabio Muzzolini troisième au classement général des Proto

Le Président du comité de course de la Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix a publié ce vendredi les classements généraux de l’épreuve après jury. Un changement est à noter. Le podium de la catégorie des Proto est finalement composé, dans l’ordre, de Tanguy Bouroullec (969 – Cerfrance), d’Irina Gracheva (800 – Canopus) et Fabio Muzzolini (945 – Tartine). Ce dernier, annoncé 4e hier, termine finalement sur la troisième marche du podium, devançant alors Romain Bigot (802 – La Vie est Belt) de 43 minuscules secondes au temps cumulé des trois étapes.

Fabio Muzzolini : « Cette troisième place au final, c’est super, ça fait plaisir ! Ça paie l’investissement qui, je pense, était physiquement plus engageant sur la troisième étape que sur les deux premières. Je suis content parce que j’ai vraiment attaqué et c’est super que ce soit récompensé au classement, même si ça n’efface pas la déception des deux premières manches où je suis complètement passé à côté dans la pétole. Ça efface en tous les cas un coup de malchance, et ça redonne confiance. Quarante-trois secondes, ce n’est vraiment rien et j’espère quand même réussir à mettre plus de secondes au suivant sur les prochaines courses. J’avoue que j’aurais préféré avoir 43 secondes d’écart seulement avec Chafoil (le Pogo à foils de Tanguy Bouroullec, vainqueur de cette Les Sables – Les Açores en Baie de Morlaix). Irina (Gracheva) m’a bluffé par sa prise en main rapide du bateau. Je ne pensais pas qu’elle serait à ce niveau-là tout de suite. Antoine (Perrin) est toujours au top et il a un super bateau. Sur les prochaines courses, on retrouvera Ambrogio Beccaria à la barre de Chafoil et ce sera encore une fois passionnant à suivre. «