Les deux font la paire

Alberto Bona (Promostudi La Spezia) est donc arrivé en plein cœur de la nuit açorienne, en tentant de glaner les derniers souffles de vent qui pouvaient régner aux abords de la marina d’Horta. Sur les pontons l’attendait Ian Lipinski (Griffon.fr). Ensemble, les deux hommes se félicitaient d’avoir laissé l’ensemble de la flotte des bateaux de série derrière eux.

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Il existe une sorte de communauté au sein de la Classe Mini, celle des skippers de prototypes. Espèce menacée de disparition, le skipper de proto accepte le plus souvent de passer le plus clair de son temps autour de son bateau, à tenter de mettre en place des équilibres complexes entre les différents paramètres sur lesquels la jauge les autorise à jouer : quille basculante latéralement et longitudinalement, mât aile basculant, ballasts, foils, les possibilités d’interactions sont nombreuses et les combinaisons multiples. Et puis, disposer d’un proto, c’est comme prendre soin de la montre à gousset que vous a légué votre arrière-grand-oncle : une machinerie subtile, parfois fragile mais tellement belle à regarder. On comprend que les protos n’ont aucune envie de se faire tondre la laine sur le dos par des bateaux de série où tout est paramétré d’avance par le chantier.

 

Ce ne sera pas le cas pour cette étape. Les leaders des bateaux de série pointaient encore à 8h (TU+2) à plus de vingt milles de l’arrivée alors que le vent est complètement sur Horta. L’anticyclone a décidé de prendre ses aises juste sur la zone de course et les coureurs doivent s’attendre à vivre quelques dernières heures particulièrement éprouvantes, à guetter la moindre risée sous un soleil de plomb. L’Atlantique a pris ce dimanche des accents méditerranéens.

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Easy Rider

Non content d’avoir dominé de l’étrave et du maître-bau la flotte des Sables – Les Açores – Les Sables dans la première étape, Ian Lipinski se trouve un nouvel allié, Eole. Le vent est en train de jouer les filles de l’air sur l’archipel des Açores et risque de ralentir considérablement la flotte des poursuivants.

 

Comment transformer une centaine de milles d’avance en un capital d’a minima une vingtaine d’heures ? Il suffit de profiter comme Ian Lipinski d’un dernier souffle pour franchir la ligne d’arrivée à Horta et de voir ensuite le vent s’écrouler progressivement. Au point de 17h, Alberto Bona n’avançait plus qu’à moins de cinq nœuds et les bateaux de série dans son sillage n’étaient guère mieux lotis puisque Tanguy Bouroullec (Kerhis CERFrance) affichait une vitesse de 5,4 nœuds. Mais pour le jeune skipper bigouden, l’essentiel était ailleurs : son avance sur ses poursuivants s’est stabilisée depuis 24 heures : une vingtaine de milles qui lui permettent d’aborder la dernière partie de cette étape avec une relative sérénité. En revanche, la place de dauphin devrait être convoitée puisqu’ils ne sont pas moins de cinq à se tenir en moins de cinq milles. Jonas Gerkens

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Vainqueur à Horta

(Volvo) devra contenir les attaques d’Ambrogio Beccaria (Alla Grande Ambecco), particulièrement à l’aise dans les petits airs à bord de son Pogo 2, Henri Leménicier (LPO – Agir pour la Biodiversité), Thomas Dolan (Offshoresailing.fr) sans oublier Henri Patou (Défense Assurances) qui pointait en troisième position hier avant que sa balise ne rende, elle aussi, l’âme.

 

Joindre les contraires

Dans les petits airs qui vont régner sur l’archipel des Açores, il va falloir faire preuve de qualités parfois opposées. Savoir être patient tout en restant tonique : Ian Lipinski avouait avoir cherché des dérivatifs pour compenser sa faible marche en avant des dernières heures de course. Se focaliser sur les paysages et se dire que beaucoup pourrait envier cette place-là, écouter sous les étoiles une bonne émission de radio préenregistrée, bref ! se vider la tête des pensées parasites pour être disponible à l’essentiel, la marche du bateau. C’est aussi le moment où l’on se dit qu’on peut tirer un peu plus sur la corde, sachant qu’une fois la ligne d’arrivée franchie on aura tout loisir de récupérer. Encore faut-il placer le curseur au bon endroit : continuer de boire, de s’alimenter sont des passages obligés alors qu’on peut avoir la tentation de négliger ces fonctions, imaginant que la ligne est quasiment franchie. Il faut une certaine dose de sagesse pour pouvoir gérer ces dernières heures. On pourrait supposer que Frédéric Moreau (Petit Auguste et Cie) et Pierre Revol (As de Cœur II) doyen de la flotte, voire Nolwen Cazé (Fée Rêvée) habituée des contraintes de la Marine Marchande auront plus d’arguments à faire valoir que certains néophytes complets comme Vianney Desvignes (Cachaça), Martin Callebaut (Extasea) ou bien la benjamine de la course Marine André (Mini Explorer). Encore qu’il faut se méfier des a priori. On a vu plus d’une fois des pronostics balayés d’un coup et des talents se révéler au moment où l’on s’y attendait le moins. La seule vérité qui comptera sera celle du classement final des uns et des autres.

 

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